La forêt millénaire, le dernier chef d’oeuvre de Jirô Taniguchi

(actualisé le ) par S Féranec

C’est avec un sentiment partagé que j’ai acheté puis lu le dernier volume de ce maître du manga, entre joie de découvrir le nouveau Taniguchi et tristesse de lire son dernier ouvrage. En effet, depuis l’annonce de son décès le 11 février 2017, ce titre s’annonçait comme une sorte de testament qu’il nous avait laissé avant de nous quitter. Paru en septembre, La forêt millénaire est publiée aux éditions Rue de Sèvres.

La région San’in est ravagée par un séisme de magnitude 6. Pourtant, au fond de la forêt, s’ouvre une faille d’où surgit une toute nouvelle forêt.
Cet été-là, le jeune Wataru, dix ans, découvre sa nouvelle classe. Cette école de campagne est évidemment très différente de ce qu’il connaissait à Tokyo. En effet, il n’y a que treize élèves au total. De plus, il arrive la veille des vacances à la fin du premier trimestre. Le garçon se sent bien seul depuis le divorce de ses parents et depuis qu’il a quitté sa mère souffrante et hospitalisée. Il vit maintenant chez ses grands-parents maternels qui habitent dans un petit village au fond de la montagne. Retrouver une vie normale lui apparaît comme bien difficile.

Même si La forêt millénaire demeure un titre inachevé, il mérite sa place dans toute mangathèque qui se respecte à côté des autres manga de Jirô Taniguchi comme Le sommet des Dieux, Le journal de mon père ou Ice Age Chronicle Of The Earth.
Ce magnifique ouvrage est le résultat du travail remarquable des éditions Rue de Sèvres qui étaient à l’origine de ce projet. Le lecteur profite pleinement de ce volume grâce à un papier de qualité, des couleurs parfaites et une très belle jaquette. Le format à l’italienne voulu par l’auteur sublime un peu plus les magnifiques peintures des paysages. Ainsi, chaque page apporte son lot de poésie grâce aux couleurs chatoyantes de l’aquarelle.
A travers cet ouvrage, Taniguchi tient à rappeler la nécessité pour l’Homme de retrouver l’harmonie avec la Nature. Cette fable écologiste, même si le mangaka ne souhaitait pas en faire une œuvre politique, rappelle inévitablement la catastrophe de Fukushima.
Comme il l’avait fait avec le Quartier lointain, il place son récit dans l’enfance comme s’il voulait avant de nous quitter placer la jeunesse face au défi de la question environnementale.
A la fin du volume, nous avons le droit à un très intéressant dossier présentant la genèse de ce manga. S’y ajoute un carnet de croquis, petit plus de cette édition très réussie.
En définitive, ce projet conçu pour faire quatre ou cinq volumes restera malheureusement inachevé. Ne boudons pas notre plaisir avec ce dernier volume posthume de Jirô Taniguchi qui nous donne l’envie de nous replonger dans la longue bibliographie de l’auteur pour faire perdurer notre plaisir.