Le pacte de la mer, la tradition face à la modernité

(actualisé le ) par S Féranec

Après le remarqué recueil d’histoires courtes, Fossiles de rêve, les éditions Pika nous propose dans leur collection Graphic le one-shot Le pacte de la mer de Satoshi Kon. Ce manga est en fait déjà paru en France chez Casterman dans la collection Sakka sous le titre Kaikisen, retour vers la mer. Cette réédition est une excellente idée car ce titre était devenu introuvable.

Yôsuke se recueille devant l’océan, il revient au temple dont sa famille a la garde. Il est surpris de découvrir son père entouré d’une journaliste de Morning fresh qui fait un reportage sur le sanctuaire de Hiratsu dans la ville d’Amide. Celui-ci est favorable au projet de développement touristique de la ville. Pour la première fois, il montre au public le trésor qu’il protège depuis des générations, un œuf de sirène. Ses ancêtres sont scellés un pacte avec une sirène. Ils doivent honorer la mer et changer l’eau dans laquelle baigne l’oeuf une fois par semaine. Au bout de soixante ans, ils le rendent à la créature. En contrepartie, les habitants jouissent d’une mer paisible et poissonneuse. C’est alors qu’intervient le grand-père de Yôsuke, furieux contre son fils qui a rompu le pacte.

Quel plaisir de pouvoir lire cet ouvrage ! Il semble toujours d’actualité et prend une nouvelle intensité après la catastrophe de Fukushima.
Le scénario figure la lutte entre tradition et modernité qui frappe le Japon. La ville d’Amide en devient le symbole à cause de ce projet de développement touristique qui va à l’encontre de la vie des locaux et notamment des pêcheurs. Le promoteur n’hésite pas à détruire un sanctuaire, se jouant des règles pour arriver à ses fins et ainsi gagner toujours plus d’argent. L’oeuf de sirène n’est plus alors considéré que comme un objet du folklore local qui aura sa place dans un parc d’attraction. Pourtant, le propos de Satoshi Kon n’est pas de s’opposer à la modernité. Il en montre aussi les bons aspects comme la construction d’un hôpital. Yôsuke se voit dans l’obligation de prendre parti dans cette histoire qui divise la ville et sa famille. Ses atermoiements d’adolescent paraissent bien humains lui qui est attiré par les attraits de la grande ville. Il finit par soutenir son grand-père et ainsi l’aider à conserver l’honneur de sa famille en respectant le pacte fait soixante plus tôt.
Entre réalisme et fantastique, la question de l’environnement est centrale à cette histoire, la mer devient un personnage essentiel. La leçon à retenir selon Satoshi Kon, c’est que la Nature finit toujours par reprendre ses droits sur cette terre que l’humain ne cesse de transformer et de détruire en dépit du bon sens.
Cette très belle édition du manga est complétée par une intéressante préface de Jean-Pierre Dionnet qui avait voulu réaliser une adaptation cinématographique de ce titre. A la fin du volume, le lecteur découvrira une lettre du regretté Satoshi Kon qui revient sur son expérience de publication hebdomadaire de ce manga.
En définitive, Le pacte de la mer de Satoshi Kon doit faire partie de toute mangathèque qui se respecte par le message délivré par le mangaka dont les dessins ne cessent d’impressionner.
Voici un extrait de ce manga.