La Fillette au Drapeau blanc pour ne jamais oublier

(actualisé le ) par S Féranec

Les éditions Akata réussissent toujours à nous surprendre dans leurs choix éditoriaux. Avec La Fillette au Drapeau blanc de Saya Miyauchi, c’est une fois de plus un pari réussi. Cette adaptation du roman de Tomiko Higa sur sa vie durant la Seconde Guerre mondiale est évidemment un indispensable pour tous les CDI grâce au témoignage qu’il apporte sur cet épisode sanglant.

En 1944, dans la ville de Shuri à Okinawa, Tomiko rejoint son père aux champs. Même si cela fait trois ans que la guerre du Pacifique a éclaté, la région n’en ressent pas encore les effets. La petite fille de cinq ans vit en compagnie de son frère Chokuyo, 7 ans, et des sœurs Yoshiko, 16 ans et Hatsuko, 12 ans. Mais, le bonheur s’arrête avec le débarquement des troupes américaines le 1er avril 1945. Les bombardements deviennent leur quotidien. Un jour, leur père les réunit, il doit se rendre à Makabe, une ville voisine. Yoshiko devient responsable de la famille tant qu’il ne sera rentré. Devant les combats qui se préparent, ils décident de fuir vers le sud d’Okinawa. Commence alors la fuite de la famille pour échapper aux troupes américaines.

Le manga La Fillette au Drapeau blanc vaut avant tout pour le témoignage de Tomiko Higa, alors petite fille, concernant la bataille d’Okinawa. Celle-ci est connue sous le nom de la fillette au drapeau blanc grâce à la photographie réalisée par un soldat américain en juin 1945. Elle devient ainsi le symbole de paix pour les populations touchées par la guerre.
A travers le parcours de Tomiko, on découvre toute l’horreur de ce conflit, sa violence quotidienne. Les dessins ne cachent rien de la réalité, ils accentuent le sentiment d’horreur page après page. La petite fille, séparée de sa famille, n’a plus qu’un obsession, survivre et pour cela se nourrir. Elle vit de multiples moments horribles qu’elle ne comprend pas toujours : les civiles sont massacrés sur les routes alors qu’ils tentent de fuir les combats, les avions de chasse tuant sans distinction. Des soldats japonais tuent une femme dont le bébé pleure pour éviter qu’ils ne se fassent repérer à cause de lui. Mais, une des scènes les plus poignantes est sans nul doute celle de la mort de Chokuyo sur la plage à Komesu. L’auteur réussit à parfaitement rendre la tragédie qui se déroule autour du frère.
Enfin, l’auteur Saya Miyauchi relate en une dizaine de pages le voyage effectué pour revenir sur les pas de son héroïne, un ajout pas dénué d’intérêt.
En conclusion, il suffit de lire les derniers mots de la mangaka pour comprendre tout l’intérêt d’un tel titre : « On ne peut affirmer qui a tort, qui est coupable. La guerre rend tous les hommes malheureux. »