Seraphim

par S Féranec

Attention chef d’oeuvre et l’expression n’est pas trop forte, mais chef d’oeuvre inachevé.
L’éditeur IHMO nous propose un nouveau titre de Satoshi Kon après la série Opus (en deux volumes), Seraphim : 266613336 wings.
Ce manga en un tome unique est le fruit de la collaboration de deux grands personnages de l’animation japonaise :
- Satoshi Kon s’est forgé un nom en France en tant que réalisateur de films d’animations comme Perfect blue, Tokyo Godfathers ou Paprika.
- Mamoru Oshii doit d’être connu notamment grâce à ses adaptations en films d’animation du manga Ghost in the Shell de Masamume Shirow.

En 1994, ils se lancent dans la publication d’un manga dans la revue Animage où venait de s’achever la série de Hayao Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent : Oshii en tant que scénariste et Kon aux dessins.

Résumé :
A l’aube du XXIe siècle, une épidémie s’est déclenchée sur le continent eurasiatique. Cette maladie métamorphose le corps et plonge les contaminés dans des rêves dont ils ne sortent plus jusqu’à la mort. Cela a entraîné de nombreux conflits, les pays riches se renfermant sur eux-mêmes pour éviter le développement de l’épidémie. Cette maladie s’appelle maladie des Anges ou Seraphim.
Sur un porte-avions, trois personnes et un chien sont prêts à s’envoler dans des chasseurs de guerre. Ils forment une délégation d’inspection de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ils doivent se rendre en Chine, de l’autre côté du front de l’épidémie.
Avant cette mission, le professeur Erasmus avait démissionné de l’OMS. Mais quand elle lui est proposée, il n’hésite pas sachant qu’il sera accompagné de Sera, une jeune fille qu’il est heureux de retrouver, et de Gaspard, un basset. Il devient alors Balthazar. En Australie, dans un camp qui regroupe des malades, un médecin tente de découvrir le vecteur de transfert de la maladie sans succès. C’est alors que l’OMS lui propose d’accompagner cette expédition en tant que Melchior.
Tous les quatre se rendent dans une forteresse située dans la zone des oiseaux. Le transfert en hélicoptère est tendu car ils sont poursuivis par des nuées d’oiseaux qui sont abattus par la DCA à leur arrivée. Mais leur objectif est loin d’être atteint, ils doivent de se rendre au coeur du continent pour trouver un remède à la maladie.

Avis :
Seul défaut de ce titre, c’est que l’histoire en est restée inachevée. En effet, les deux auteurs ont eu quelques difficultés à s’entendre sur la durée chacun souhaitant apporter ses idées et comme le dit Julien Sévéon dans la postface, "lorsque deux artistes aux mondes uniques collaborent, cela peut donner lieu à des conflits." Mais peut importe car tout est réuni dans cette unique volume pour en faire un grand manga. Oshii a créé un scénario original avec une Terre dévastée par une maladie qui n’est pas sans rappeler l’épidémie du Sida. Les guerres y ont aussi jouer leur rôle de destruction.
Ensuite, la galerie de personnages est époustouflante. Les quatre héros, (les Rois Mages) ont tous un passé que l’on découvre peu à peu. Melchior et Balthazar ont du agir rapidement pendant le crise épidémique et maintenant face aux terribles conséquences, ils ont des regrets. Cette mission d’investigation est un moyen pour eux d’atteindre la rédemption. Comme dans toutes les oeuvres d’Oshii, on retrouve un basset, animal fétiche du réalisateur. Enfin que dire de Sera, petite fille mystérieuse dont on comprend que le temps s’est arrêtée pour elle. Les questions sont multiples la concernant.
Mais tout cela serait vain sans les excellents dessins de Satoshi Kon. Les amateurs de manga reconnaîtront les influences de Katsuhiro Ôtomo avec qui l’auteur a travaillé. On retrouve certains points communs avec l’oeuvre phare de celui-ci, Akira.
Ces dessins sont mis au service d’une narration de haut niveau. Les scènes d’action y sont particulièrement réussies.
En définitive, derrière des réflexions bibliques et philosophiques, les deux auteurs nous proposent un manga incroyable. Le lecteur referme le livre ébloui par tant de maestria mais aussi avec un petit goût d’inachevé tant de questions restant sans réponse.