Fossiles de rêves : la nouvelle pépite de Satoshi Kon

par S Féranec

Les éditions Pika nous proposent en ce début d’année 2017 dans leur collection Graphic un fabuleux recueil d’histoires courtes signées Satoshi Kon. On a pu découvrir cet artiste en France grâce à des mangas comme Opus ou Seraphim chez IMHO mais surtout grâce à des films d’animation tels que Perfect Blue, Tokyo Godfathers ou Paprika, tous des chefs d’œuvre.
C’est donc avec un grand plaisir que nous effectuons la lecture de ses histoires parues au Japon entre 1985 et 1989 puis sous la forme d’un recueil posthume en 2011.
Celui-ci comprend pas moins de seize titres différents sur plus de 400 pages. Son premier intérêt est de passer avec bonheur d’un genre à un autre, mélangeant science fiction (Sculpture ou Les prisonniers) avec des histoires ancrées dans la vie quotidienne (Les kidnappeurs ou Ce n’est qu’un au revoir). Le base-ball tient également une part importante avec Remue-ménage ou Les enfants de la balle. Le lecteur se voit aussi proposer une courte histoire, Pique-nique, toute en couleur. Elle a été créée au moment de la sortie du film d’animation Akira au cinéma. Il s’agit sans aucun doute du titre qui m’a le moins inspiré du fait d’une colorisation peu aboutie. Par contre, certaines histoires apportent une vraie originalité : La bête raconte la fuite d’un chef de guerre et de quelques samouraïs trahis par un vassal. Durant cette échappée, ils se voient confrontés à un « griffu » qui les élimine les uns après les autres. Autre histoire qui retient l’attention du lecteur Un été sous tension. On y suit l’été de deux deux collégiens qui plutôt que de réviser pour les concours d’entrée au lycée, ont choisi de partir en vélo pour rejoindre l’amie d’enfance de l’un d’eux.
Ainsi, Satoshi Kon réussit à nous transporter quel que soit le sujet abordé. Dans ce type de recueil, le contenu s’avère souvent très inégal avec des histoires moins réussies que d’autres. Ici ce n’est absolument pas le cas. Le mangaka, grâce à un découpage dynamique, parvient à accroître le suspense et à multiplier les rebondissements pour nous entraîner vers une chute qui réussit à nous émouvoir ou à nous faire sourire. En effet, l’humour apparaît comme un élément essentiel de ses histoires.
Enfin, que dire des dessins ? Ils rappellent évidemment ceux de Kastuhiro Otomo, dont on sent l’influence, avec des qualités identiques : précision, soin du détail ou dynamisme des planches. Le mouvement semble être un autre point commun très important de toutes ces histoires.

En définitive, Fossiles de rêves apparaît comme un indispensable de toutes bonnes mangathèques de CDI grâce à la richesse de ses genres, de sa narration et de ses dessins de grande qualité. L’interview de Susumu Hirasawa, qui a réalisé les musiques des films de Satoshi Kon, est un ajout intéressant pour découvrir plus précisément la personnalité de cette figure de l’animation japonaise.